Comprendre et déterminer le domaine de dérivabilité d’une fonction : exemples et méthode

Edmond Lièvremont

mai 6, 2026

💡 En Bref : Le Domaine de Dérivabilité
C’est l’ensemble des points où une fonction peut être dérivée. Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas toujours la même chose que son ensemble de définition. Pour le trouver, il faut dériver et voir où la dérivée existe et est finie. Les principaux points à vérifier sont les bornes des intervalles de définition et les points critiques (dénominateur nul, racine carrée en zéro…).

Le Domaine de Dérivabilité, Késako ?

Vous savez ce que c’est que de vouloir poser du carrelage sur un vieux plancher qui bouge ? En mathématiques, le domaine de dérivabilité, c’est un peu ça : c’est la zone de stabilité de votre fonction, l’endroit où elle est assez « lisse » et régulière pour qu’on puisse définir une pente précise en chacun de ses points. En clair, c’est l’ensemble des valeurs de x pour lesquelles votre fonction f admet un nombre dérivé.

Beaucoup confondent avec le domaine de définition. Grave erreur ! Le domaine de définition, c’est l’ensemble de départ, là où la fonction existe. Le domaine de dérivabilité, c’est le sous-ensemble où elle est gentiment dérivable. Comme le disait mon prof de math en terminale : « Tout ce qui est dérivable est continu, mais l’inverse est faux. Méditez ça. »

⚠️ Attention au piège classique
Une fonction peut être parfaitement définie en un point sans y être dérivable. Pensez à la fonction valeur absolue en 0 : elle est définie (f(0)=0), mais sa courbe fait un « pic ». Impossible d’y tracer une tangente unique. C’est le genre de détail qui fait rater un point sur une copie.

Comment on le trouve, ce fameux domaine ? La méthode pas à pas

Pas de panique. On procède avec méthode, comme pour monter un meuble en kit. On suit l’ordre, on vérifie chaque étape.

  • Étape 1 : Trouver le domaine de définition (Df). C’est la base. Si la fonction n’existe pas en un point, question dérivabilité, on ne peut même pas en parler. Vérifiez les classiques : dénominateur non nul, contenu d’un logarithme strictement positif, contenu d’une racine carrée positif ou nul.
  • Étape 2 : Dériver la fonction sur son domaine de définition. Calculez l’expression de f'(x), la fonction dérivée, en considérant les règles normales de dérivation.
  • Étape 3 : Étudier l’existence de f'(x). C’est là que ça se joue. Le domaine de dérivabilité, c’est l’ensemble des x de Df pour lesquels f'(x) existe et est un nombre fini. Il faut donc examiner les points où cette expression pourrait « déraper ».

domaine de dérivabilité

Les cas typiques qui réduisent le domaine de dérivabilité sont :

  • 🧮 Un dénominateur qui s’annule dans f'(x) : même si f(x) existait, si f'(x) devient une division par zéro, pas de dérivée.
  • 📈 La racine carrée en 0 : la fonction racine carrée, √u, est définie pour u ≥ 0, mais elle n’est dérivable que pour u > 0. Le point où u=0 est souvent un point « anguleux ».
  • 🔀 Les points de recollement : pour une fonction définie par morceaux, il faut étudier spécifiquement la dérivabilité au point de jonction.

📌 Mon Astuce Terrain
Dans 90% des cas de lycée/prepa, le domaine de dérivabilité est soit identique au domaine de définition (pour les polynômes, exponentielles, sinus/cosinus…), soit c’est le domaine de définition privé des points qui posent problème dans la dérivée. Concentrez votre énergie sur ces points critiques.

Exemples Concrets : Mettons les mains dans le cambouis

La théorie, c’est bien. Un exemple, c’est mieux. Prenons deux fonctions classiques.

Exemple 1 : La fonction racine carrée

Soit f définie par f(x) = √x.
Domaine de définition (Df) : x ≥ 0, soit [0 ; +∞[.
Dérivée : pour x > 0, f'(x) = 1/(2√x).
Analyse : Cette expression f'(x) n’est pas définie en x = 0 (dénominateur nul).
Conclusion : f est dérivable sur ]0 ; +∞[, mais pas en 0. Son domaine de dérivabilité est donc ]0 ; +∞[. Le point x=0 appartient au domaine de définition mais pas au domaine de dérivabilité.

Exemple 2 : Une fonction avec un logarithme composé

Soit g définie par g(x) = ln(x-1).
Domaine de définition (Dg) : Il faut x-1 > 0, soit x > 1. Donc Dg = ]1 ; +∞[.
Dérivée : Pour x > 1, g'(x) = 1/(x-1).
Analyse : Cette expression existe pour tout x > 1. La seule « frontière » est en x=1, mais ce point n’est même pas dans le domaine de définition, donc on ne l’envisage pas.
Conclusion : Ici, le domaine de dérivabilité est le même que le domaine de définition : ]1 ; +∞[.


Tableau Comparatif : Définition vs. Dérivabilité des Fonctions de Référence

Pour y voir clair, voici un récapitulatif des fonctions que vous croisez le plus souvent. C’est comme connaître les propriétés de base du bois, du béton et de la pierre avant de construire.

Fonction TypeDomaine de Définition (Df)Domaine de DérivabilitéPoint Critique à Vérifier
Polynôme (x², x³…)ℝ (tous les réels)Aucun
Racine Carrée (√x ou √u)Là où x (ou u) ≥ 0Là où x (ou u) > 0Le point où u=0
Logarithme (ln(x) ou ln(u))Là où x (ou u) > 0Là où x (ou u) > 0Aucun (même domaine que Df)
Inverse (1/x ou 1/u)Là où x (ou u) ≠ 0Là où x (ou u) ≠ 0Le point où le dénominateur s’annule
Valeur Absolue (|x|)ℝ* (tous sauf 0)Le point 0 (point anguleux)

Ce tableau est votre pense-bête. Lorsque vous avez une fonction combinant plusieurs de ces éléments, vous devez faire l’intersection des conditions.

La Vidéo qui Rassemble Tout

Parfois, une bonne explication visuelle vaut mieux qu’un long discours. Cette vidéo reprend pas à pas la méthode avec plusieurs exemples variés, des plus simples aux plus complexes.

✨ Mon verdict

Alors, le domaine de dérivabilité, c’est vraiment le genre de notion qui se domestique une bonne fois pour toutes. Si vous retenez ces trois choses, vous êtes parés pour la majorité des exercices :

1. C’est une « zone de confiance ». Ce n’est pas parce que votre fonction est définie quelque part qu’elle y est dérivable. Il faut toujours vérifier. C’est la différence entre avoir les outils et savoir s’en servir correctement.

2. La méthode est routinière. Pas besoin de sortir l’artillerie lourde. Trouvez le domaine de définition, calculez la dérivée, et éliminez les points où cette dérivée fait des siennes (division par zéro, racine de zéro…). C’est un travail de vérification minutieux, pas de devinette.

3. Les cas classiques sont limités. Dans votre boîte à outils, les cas problématiques sont la racine carrée en zéro, les dénominateurs nuls, et les points de recollement des fonctions par morceaux. Concentrez-vous là-dessus.

Ma recommandation ? Prenez trois fonctions types (une avec une racine, une avec un quotient, une avec un logarithme) et appliquez la méthode jusqu’à ce qu’elle devienne un réflexe. Comme pour apprendre à monter une étagère droit, c’est en le faisant plusieurs fois qu’on ne réfléchit même plus.

Et vous, est-ce qu’un point particulier de cette notion vous a donné plus de fil à retordre que les autres ? Partagez vos galères en commentaire, on décoince ça ensemble.

Le domaine de dérivabilité est-il toujours inclus dans le domaine de définition ?

Oui, absolument. C’est même la première chose à comprendre. Pour pouvoir parler de dérivabilité en un point, il faut déjà que la fonction soit définie en ce point. On ne peut pas calculer un taux d’accroissement si f(a) n’existe pas. Par conséquent, le domaine de dérivabilité est toujours un sous-ensemble (une partie) du domaine de définition. Il peut lui être égal, ou plus petit. Pour une analyse détaillée de cette relation, le site BibMath offre des explications très claires.

Comment prouver qu’une fonction n’est pas dérivable en un point ?

Il existe plusieurs méthodes. La plus rigoureuse est d’utiliser la définition par la limite du taux d’accroissement. Si la limite de [f(x)-f(a)]/(x-a) lorsque x tend vers a n’existe pas (ou est infinie), alors la fonction n’est pas dérivable en a. En pratique, on observe souvent : – Un point anguleux (comme pour |x| en 0) où les limites à gauche et à droite sont différentes. – Une tangente verticale (la limite est infinie), comme pour la racine carrée en 0. – Une discontinuité (si la fonction n’est pas continue en a, elle ne peut pas y être dérivable). La vidéo pédagogique « Dérivabilité en un point » illustre parfaitement ces cas.

Une fonction peut-elle être dérivable en un point isolé de son domaine ?

Théoriquement oui, mais c’est un cas très particulier et rarement rencontré au lycée ou en prépa. Cela implique que la fonction soit définie sur un ensemble qui n’est pas un intervalle, et qu’elle ait un comportement « local » très spécifique permettant l’existence d’une tangente en ce point précis, tout en n’étant pas dérivable autour. En pratique courante, on étudie presque toujours la dérivabilité sur des intervalles. Pour les fonctions classiques (polynômes, trigonométriques, exponentielles, etc.), la dérivabilité est une propriété qui se vérifie sur des intervalles entiers, pas sur des points isolés.

Quelle est la différence entre continuité et dérivabilité ?

C’est une hiérarchie : la dérivabilité est une condition plus forte que la continuité. Si une fonction est dérivable en un point, alors elle est automatiquement continue en ce point. En revanche, l’inverse est faux : une fonction peut être continue sans être dérivable. L’exemple canonique est f(x)=|x| à x=0 : elle est continue (pas de « saut »), mais pas dérivable (la courbe fait un angle vif). La continuité garantit l’absence de rupture, la dérivabilité garantit en plus une certaine « douceur » et une direction bien définie. Le cours de Agreg-Maths approfondit cette distinction fondamentale.

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